L’intelligente stratégie des petits pas
Domaine de la Croix Gratiot

Ce qui m’a marqué lorsque j’ai rencontré Anaïs Ricome, c’est la justesse et la ténacité dont elle a fait preuve pour construire un domaine qui correspond à ses convictions.

La reprise d’un domaine familial n’a rien d’une sinécure.
Il s’agit de dealer avec un passé, respecter l’histoire du domaine tout en s’affirmant.
Souvent, il s’agit aussi de collaborer avec ses proches, de respecter leur vision et ce qu’ils ont mis en œuvre tout en se ménageant une place.
C’est précisément la problématique à laquelle Anaïs Ricome a été confrontée lorsqu’elle a choisi de devenir vigneron.

D’une exploitation familiale à la création d’un domaine

Historiquement, la Croix Gratiot c’était de la vente de raisin sur pied en cave coopérative, puis, après la construction d’un chai, de la vente de vin en vrac. Et lorsque l’oncle d’Anaïs Ricome lui a proposé de reprendre ses parts, le domaine n’était pas rentable.
Alors, quoi ? Tout mettre à plat et recommencer.

D’abord observer, puis se projeter

Une première année test : en faisant ce choix, Anaïs Ricome s’est ménagé l’espace de travailler et d’observer depuis chaque postes clés, d’analyser le fonctionnement général du domaine, dans toutes ses perspectives.

A l’issue de cette année, une conclusion s’est imposée : pour pouvoir dealer avec la situation, il fallait la changer.

La première action d’Anaïs Ricome a donc été une restructuration du domaine, afin d’avoir un outil de travail qu’elle pouvait manipuler et maîtriser. Elle s’est donc séparée de 50% de la surface de production (de 60 ha à 30ha de vignes), avant de s’associer avec son père dans un projet qu’elle avait dimensionné.

L’intelligente stratégie des petits pas

La vision d’Anaïs Ricôme était claire : conduire la vigne en agriculture biologique, travailler à faire un vin de qualité, rechercher l’équilibre de la vigne.
Et mettre en œuvre cette vision a impliqué plus que du travail : il s’est d’abord agit de fédérer son père autour de celle-ci.
La vigneronne a donc procédé avec méthode et fait une entrée graduelle dans l’entreprise :

Elle s’est d’abord concentrée sur la cave, poste que son père lui déléguait spontanément et en confiance.
Puis elle s’est formée en biodynamie et a négocié d’en faire le test sur 8 rangées.

L’année d’après 16 rangées, celle d’après 1ha.
L’idée a donc été de montrer sa vision en acte et non pas de l’imposer.

Lorsque le travail est devenu trop lourd pour qu’elle le porte toute seule et qu’il s’est agi d’embaucher, son père s’est alors proposé de l’accompagner pleinement en laissant de côté son activité agricole parallèle.

La vigneronne a donc pu poser ses conditions : que le domaine passe entièrement en bio et qu’ils refassent ensemble une formation en biodynamie, afin de pouvoir décider collégialement des différents choix à faire, en partant du même fond de connaissances.

Mener de front l’ensemble des chantiers

Pour le dire simplement, pendant dix années, le travail d’Anaïs Ricôme a donc été de d’abord dimensionner un projet qui lui corresponde et dans lequel son associé pouvait également se reconnaître.

Son travail a été ensuite de mener de front tous les chantiers : se créer une clientèle et structurer la partie commerciale ; gérer la dimension organisationnelle et réinvestir dans le bon matériel, tout en dealant avec des investissements passés surdimensionnés et des charges fixes multipliées par deux (car tout avait été conçu pour 60ha) ; créer une gamme cohérente et toujours avancer dans ses recherches, à la vigne comme à la cave.

Affirmer sa vision et s’en approcher toujours plus

Le travail d’Anaïs est aujourd’hui orienté vers la sécurisation de son activité, surtout eu égard aux contingences climatiques.

Sa vision pour ce faire est remarquable : chercher à ce que la vigne s’équilibre elle-même, en lui apportant ce qu’il faut pour qu’elle s’adapte seule aux changements violents.

La pérennisation de l’activité est donc en parfaite cohérence avec son produit et aujourd’hui La Croix Gratiot est reconnue pour la finesse de son travail autour du cépage Picpoul de Pinet.
La vigneronne a su lui redonner ses lettres de noblesses en en démontrant la belle capacité de vieillissement.
Elle a su aussi adopter un positionnement dans lequel elle se sent bien : 80% de vins simples et bons, dont elle vérifie la qualité par ses retours clients ; 20% de recherche pour faire évoluer la gamme et le travail.


Anaïs Ricome a réussi un tour de force dont peu de chefs d’entreprise peuvent se targuer : créer une entreprise reconnue et rentable, sur de nouvelles bases saines, en embarquant avec elle les gens qui s’étaient battus avant elle.
Magistral et à suivre, donc !

Le site du domaine de La Croix Gratiot


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